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Posté par le 31 Mar, 2018 dans Cinéma et télévision | 0 commentaire

Une critique holistique

Une critique holistique

 

Par Ila Ghoshal

 

Généralement, quand on pense aux séries d’histoires de détectives, le voyage interdimensionnel et les « échanges de corps » ne sont pas les premiers thèmes à nous passer par la tête. Ce ne sera toutefois plus le cas si vous visionnez la série Dirk Gently’s Holistic Detective Agency, originalement diffusée sur BBC America et maintenant disponible sur Netflix. Les épisodes, basés sur les romans de Douglas Adams, combinent plusieurs genres, principalement le récit de détective, la comédie et la science-fiction. La série, créée en 2016 par Max Landis, comprend deux saisons; pour l’instant, il semblerait que la suite de la série ait été annulée, mais plus de 100 000 personnes ont déjà signé une pétition qui demande le renouvellement de la série pour une troisième saison… D’épisode en épisode, on suit Dirk Gently, un « détective holistique » des plus excentriques, qui grâce à des signes que l’univers lui envoie, espère résoudre des mystères qui se présentent à lui — et plus étrange encore, cela lui réussit! L’histoire de la première saison se concentre sur Dirk et sur son assistant Todd, alors qu’ils essayent de résoudre le mystère du meurtre de Patrick Spring et de la disparition de sa fille, Lydia. Puis, pour la deuxième saison, Dirk et Todd voyagent à Wendimoor, un royaume magique qui existe dans une autre dimension, pour mener une nouvelle enquête; cette fois-ci, ils doivent comprendre ce qui est arrivé à Hector et Marina Cardenas, disparus inexplicablement.

 

Crédit : BBC America

 

La première chose qu’il faut dire, c’est que l’intrigue de cette émission est beaucoup plus complexe que ce que je vous ai présenté au paragraphe précédent. En plus de Dirk et Todd, il y a Amanda, la sœur de Todd, qui souffre d’une maladie mystérieuse; Bart, la femme assassin holistique (et mon personnage préféré); ainsi que Farah, un membre du personnel de sécurité de Patrick Spring. J’ai trouvé que le développement des nombreux personnages secondaires était très bien réussi et que malgré leur complexité plus marquée que dans la plupart des autres séries que j’ai vues, je ne me suis pas perdue dans la toile qui les réunissait tous. La relation entre Todd et Dirk m’est aussi apparue très amusante, étant donné les circonstances étranges de l’intrigue. Comme Todd le dit lui-même, Dirk est un détective qui ne cherche pas d’indices probants. Et c’est l’insistance de ce dernier sur le fait que tout, dans l’univers, est interconnecté qui fait permet à la série d’éviter le gros du processus caractéristique des séries détective : en effet, les héros n’enquêtent pas vraiment en allant d’un indice à un autre, comme s’il suivait un fil précis. Il mène une enquête où tout peut techniquement les mener là où ils doivent se rendre, grâce au hasard et à des circonstances chaotiques! Les interactions entre les personnages sont drôles et, parfois, touchantes : je pense surtout à Amanda et aux Rowdy 3, un quartet (oui, ils sont au courant que les chiffres ne concordent pas) de vampires punks qui aident Amanda à surmonter ses hallucinations. Malgré les circonstances plutôt absurdes qui les établissent, ce sont les relations entre tous ces personnages, étrangement développées avec beaucoup de réalisme, qui m’ont maintenue absorbée dans la série. Par exemple, la relation fraternelle entre Todd et Amanda est finement travaillée; les scénaristes lui ont laissé le temps de grandir sans se presser, ont permis aux émotions des personnages de la renforcer, et ce même si la série n’est pas si longue que ça. Bref, si la profusion de personnages vous semble un peu difficile à gérer a priori, dites-vous que c’est tout de même moins lourd que la longue liste de noms à retenir dans des séries comme Game of Thrones!

 

Et si les personnages n’étaient pas suffisants, sachez qu’il y a bien plus, notamment la multitude d’éléments thématiques et narratifs très originaux : l’intrigue commence en mêlant un culte secret, un chaton mystérieux, une chambre tapissée de sang, un sofa marqué par la morsure d’une créature géante, un chien que tout le monde semble vouloir trouver et des gens qui se trouvent à deux endroits en même temps. Ça fait beaucoup, ça peut même paraître essoufflant, mais voyez le bon côté de la chose : l’intrigue de cette série est en effet assez imprévisible, puisqu’il est très difficile de voir en quoi tous ces éléments farfelus peuvent bien être connectés (et ils le sont!). La philosophie holistique de Dirk a raison de toutes ces invraisemblances, et même si, par moments, son discours à ce sujet peut devenir un peu redondant — surtout lorsqu’il doit rappeler à Todd, qui met régulièrement en doute le modus operandi de son camarade —, l’ensemble se tient bien. J’avoue toutefois que, parfois, il m’est arrivé d’avoir l’impression que l’histoire dépendait un peu trop des coïncidences. Par exemple, il y a un incident où une seule balle réussit à tuer plusieurs individus, ce qui permet à Farah de leur échapper, et la scène n’est tout simplement pas plausible. Pour cette raison, cette émission n’est sans doute pas pour vous si vous n’aimez pas l’imaginaire absurde! D’après moi, l’excentricité de la série fonctionne justement parce que ce sont pratiquement tous les événements qui sont invraisemblables; l’effet aurait été différent, et moins réussi, si seulement quelques scènes jouaient avec l’absurde. Étant donné qu’il s’agit aussi d’une histoire de détective, un genre où tout est traditionnellement censé être logique, c’est rafraîchissant d’avoir affaire à autre chose.

 

Crédit photo : Gloria Lau et Ila Ghoshal

 

Enfin, comme vous l’avez sûrement compris, si on ressent cette impression de foisonnement et de profusion à force de regarder Dirk Gently, c’est aussi parce que beaucoup de choses se passent en même temps — et je vois pourquoi certains pourraient plutôt dire « trop » de choses! En effet, le plus gros problème que j’ai avec la série, c’est qu’elle essaye souvent d’en faire trop en même temps. Si on retourne au format original, soit les romans de Douglas Adams, ceux-ci sont très humoristiques, mais aussi un peu compliqués en termes d’intrigue. Par contre, Adams réussit souvent à trouver un équilibre entre l’étrange et l’humour, un équilibre que les réalisateurs de la série n’ont pas toujours su atteindre, nous laissant plutôt avec une trame assez désorganisée. D’ailleurs, un des éléments importants de l’intrigue, l’opération Blackwing, ne nous est jamais très bien expliqué, alors que pour une fois, j’aurais voulu avoir un peu plus d’informations sensées. Après tout, s’il est question d’une opération top secret de la CIA, dont le but est de trouver les individus comme Dirk et de les tester, on veut en savoir davantage! Mais comme plusieurs choses se passent en même temps, on ne n’est pas trop sûrs d’avoir bien compris ce qu’était son objectif, finalement.

 

En fait, la raison pour laquelle je crois que j’ai tant apprécié la série malgré ce que je viens tout juste d’en dire, c’est que j’ai l’impression que ceux qui l’ont créée ont voulu se moquer un peu des séries très sérieuses en ton, mais dont l’intrigue manque de logique — et qui refusent de le reconnaître. Cette série-ci ne s’en cache pas du tout! Elle fait preuve de beaucoup d’autodérision, notamment par le regard de certains des personnages plus « raisonnables », comme Todd ou Farah, qui expriment à haute voix les doutes que ressentent probablement les spectateurs, pris au dépourvu par les agissements de personnages comme Dirk. Les coïncidences sont exagérées, mais d’une façon qui nous permet quand même d’apprécier l’excentricité des personnages et de l’intrigue. Même si la série a quelques petits défauts, je l’ai trouvée très bien réussie dans l’ensemble. Si vous n’avez pas peur d’une intrigue un peu alambiquée, vous allez bien aimer cette série originale, légère et totalement unique.

 

Révision : Daphnée Lopresti et Mathieu Lauzon-Dicso

 

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