Pages Menu
Facebook
Categories Menu

Posté par le 1 Sep, 2017 dans Entrevues | 1 commentaire

Entrevue avec les actrices Cherami Leigh et Amanda Miller (partie 2)

Entrevue avec les actrices Cherami Leigh et Amanda Miller (partie 2)

 

Par Adrien Kamran

 

Le 6 août dernier, lors de la plus récente édition de la convention montréalaise Otakuthon, reconnue comme le plus grand événement de ce genre dédié à la culture populaire japonaise, j’ai eu le privilège de rencontrer Cherami Leigh et Amanda Miller, deux des invitées d’honneur de la convention, dans le cadre d’une entrevue spéciale pour les Horizons imaginaires. Les deux sont des actrices américaines qui œuvrent principalement comme doubleuses pour des séries et des films animés. Si vous ne l’avez pas déjà lue, allez voir la première partie de cette entrevue!

 

Avec plus de 20 ans d’expérience dans cette industrie, Cherami Leigh a prêté sa voix à plus d’une centaine de personnages différents, dont Asuna dans Sword Art Online, Lizzie dans Black Butler et Mai dans Ghost Hunt. On l’entendra très bientôt dans le rôle de Sailor Venus, dans la populaire série Sailor Moon! Quant à Amanda Miller, elle est réputée pour les rôles d’héroïnes désaxées et de dures à cuire qu’elle accumule depuis un moment : Kate Bishop, alias Hawkeye, la redoutable archère dans l’univers Marvel, Mikage de Durarara!!x2 ou encore Sailor Jupiter, dans la série Sailor Moon!

 


 

Adrien Kamran : Quand vient le temps de travailler dans la cabine d’enregistrement, jusqu’à quel point cela est-il physique?

 

Amanda Miller : Je dirais que ça dépend; il y a des gens qui peuvent rester debout sans bouger et quand même d’imaginer être dans l’action, et à l’inverse, vous avez ceux qui bougent beaucoup, comme ce que fait Kara Eberle (Weiss Schnee de RWBY). Plus tôt, à un panel de la convention, elle disait que pour produire des sons vraiment réalistes, elle soulevait carrément le trépied du microphone et le balançait dans les airs pendant les scènes de combat. Cela dit, pas tous les ingénieurs de son sont à l’aise avec cette méthode, et il faut donc quand même toujours essayer d’imaginer l’action quand on travaille. Et je ne fais pas confiance à ma propre coordination pour faire ce que Kara fait! Je pense qu’il est utile d’être actif, on ne peut pas l’être trop non plus, parce que sinon, le microphone finit par ne plus capter ce qu’on dit. Je pense donc que c’est utile de bien connaître son corps; au risque d’avoir un air prétentieux, je crois que notre corps est un instrument … Le souffle se déplace de différentes manières selon notre état, si on est tendu ou non. Par exemple, si le personnage qu’on joue est en train de se faire étouffer, il faut parler de façon à ce que notre voix soit tout en haut de la gorge. Jouer avec ces éléments physiques ajoute une couche d’authenticité à la performance, et c’est pourquoi je dis que la formation théâtrale est probablement l’une des meilleures choses qu’on peut faire pour bien commencer une carrière dans le doublage. Ça aide à aiguiser notre instrument, parce que vraiment, dans ces programmes, on ne blague pas avec la technique!

 

Amanda Miller

 

Cherami Leigh : Je suis entièrement d’accord! Surtout qu’au théâtre, on se retrouve face à tout un auditoire, assis dans des salles immenses, et il faut être capable de se faire clairement entendre par tout le monde, y compris les spectateurs assis au fond de la salle! Pour ce qui est de la cabine, dans mon cas, je suis quelqu’un qui adopte généralement une certaine posture, différente pour chaque personnage, et les gens avec qui j’ai travaillé l’ont remarqué. La plupart du temps, j’ai une posture de base qui ne m’empêche pas de gesticuler. Aussi, j’ai tendance à m’imaginer des points à différentes distance, que je peux fixer pour les répliques que je donne à des personnages qui sont loin de moi: ça me force à changer l’intonation et le volume de ma voix en conséquence, et ce même s’il n’y a personne réellement. Ces derniers temps, les scènes de capture de mouvement sont devenues très populaires; le corps y est beaucoup plus actif que lors de doublage traditionnel. Heureusement, j’ai grandi en faisant de la danse, et ma mère était professeure de danse. Je suis une personne très active et j’aime m’entraîner, et c’est vraiment bénéfique en tant qu’actrice: mon corps est en forme, en particulier mes poumons. On doit s’assurer que tous les muscles de notre corps fonctionnent bien, de sorte que lorsqu’on va faire une séance de doublage, on soit prêt. Il y a un acteur qui m’a déjà dit: «Ouais, un réalisateur m’a dit que je dois aller à la salle de gym. Pas parce que je prends du poids, mais parce que je n’ai aucune force pulmonaire, donc je ne peux pas faire de longues répliques ou de gros cris…» Et lorsqu’on fait des scène de capture de mouvement, on est dans cet espèce de costume avec des boules blanches et brillantes «velcrotées» sur vous, afin que l’équipe puisse enregistrer tous les petits mouvements que vous faites. Comme je suis plutôt petite, la première fois où j’ai fait de la capture de mouvement a été un peu bizarre. On m’a dit que le personnage n’était pas aussi petit que moi, et que je devais donc faire attention de bien allonger tous mes mouvements. À ce moment-là, j’étais si contente d’avoir suivi des cours de théâtre et de gestuelle corporelle! Dans ces cours, on nous encourage à marcher bizarrement; il n’y a pas de honte à le faire. On y explore notre façon de se mouvoir, puis on se questionne sur les postures et les démarches des personnages: «Comment ce personnage marche-t-il? Avance-t-il la poitrine en avant? Avec ses épaules?» On utilise chaque partie du corps pour répondre aux exigences du personnage. Lorsque vous faites un jeu vidéo, où même le mouvement le plus infime du petit doigt compte, le travail de doublage passe à un autre niveau, ce qui est amusant!

 

Cherami Leigh

 

Adrien Kamran : Comment le travail de doubleur a-t-il changé depuis que vous en avez commencé à en faire votre carrière?

 

Amanda Miller : Je n’ai que cinq ou six ans d’expérience en tant que doubleuse, donc je n’ai pas l’impression d’en savoir autant que quelqu’un qui en fait depuis vingt ans! Je suis sûre que ceux qui en font depuis longtemps ont beaucoup d’histoires folles à raconter sur la façon dont le métier a changé! Je crois qu’il y a plus de conventions, comme Otakuthon, et qu’il y a plus de gens qui sont arrivés dans cette industrie après avoir réussi des projets de doublage en ligne. Par exemple, il y a quelques personnes que j’ai rencontrées qui ont tout commencé en faisant du doublage amateur pour le plaisir.

 

Cherami Leigh : Quand j’ai commencé à faire du doublage, à l’âge de sept ans, tout se faisait sur cassette; c’était comme ça, au tout début, lorsque je travaillais avec Radio Disney. Je me souviens qu’on pouvait entrer dans le bureau d’un agent et que, contrairement à maintenant, où on envoie nos démos via des liens dans des courriels, les agents gardaient des piles qui pouvaient compter de 30 à 40 cassettes! C’est ainsi que les gens obtenaient un emploi; ils prenaient ces cassettes, les mettaient dans une enveloppe et les postaient à quiconque recrutait de nouveaux talents. Chez Radio Disney, si un agent voulait retrouver une bobine qui datait de quelques années, il ouvrait un énorme classeur en métal rempli à ras bord de bandes étiquetées. Avec tout ce qui se fait numériquement maintenant, c’est beaucoup plus facile qu’autrefois, et on n’a plus besoin d’autant de classeurs! Alors oui, c’est ce qui a changé avec la logistique des choses. Je ne peux pas m’imaginer ce que ça devait être pour un DJ qui n’avait que des cassettes et des vinyles, et qui devait procéder manuellement avec  tout ça! Maintenant, tout est pratiquement automatisé par un ordinateur, et je peux facilement gérer tout ce qui ne l’est pas. À l’époque, on avait besoin d’un studio et d’un système RNIS pour enregistrer correctement l’audio, mais maintenant, beaucoup de gens ont de très bonnes installations dans leurs propres maisons! Tout le monde peut acheter un micro sur Amazon et obtenir une interface quelque part, puis apprendre à gérer les réglages par soi-même. On peut commencer par des livres audio et des projets de doublage amateur, et si la qualité semble bonne et qu’on est bon dans ce qu’on fait, ça peut amener à sortir du salon et à aller faire quelque chose dans un studio professionnel. En ce qui concerne l’animé, lorsque j’ai commencé à participer à des conventions il y a dix ans, je n’étais pas habituée à cette industrie. Je connaissais des animés quand j’étais à l’école secondaire, et je sentais que les autres étudiants ne s’ouvraient pas pour parler de tout ça. On n’aurait pas vu quelqu’un porter un t-shirt Pokémon sauf s’il avait sept ou huit ans. Maintenant, tout le monde en achète dans des boutiques comme Hot Topic! Il y a certains de mes anciens camarades de classe qui étaient de grands amateurs de ces émissions, et qui en sont maintenant ouvertement fiers. C’est l’ère du «nerd», et tout le monde est fier d’être un «nerd» et fier de ce qu’il adore. C’est vraiment un gros changement.

 

Adrien Kamran : Enfin, en tenant compte (mais sans s’y limiter) des œuvres de l’imaginaire auxquelles vous avez collaboré, quels livres, films ou autres recommanderiez-vous à nos lecteurs?

 

Amanda Miller : J’adore tout ce que fait Neil Gaiman; un de mes livres favoris est Good Omens (NDLR De bon présage, en français), qui a été coécrit avec Terry Pratchett. À mes yeux, les univers de cet auteur sont vraiment incroyables. Aussi, de toute évidence, vous devriez regarder Sailor Moon! Je veux dire… Si vous ne l’avez pas déjà fait, que faites-vous de votre vie?

 

Cherami Leigh : Cette émission est destinée autant à un auditoire débutant qu’intermédiaire et avancé! On regarde Sailor Moon à différents moments de la vie, et on y découvre des choses différentes à chaque fois.

 

Amanda Miller : Et il y a tellement de façons de regarder Sailor Moon! Il y a Pretty Guardian Sailor Moon, qui est plutôt un soap opéra pour adolescents. Il y a aussi Sailor Moon Crystal, qui est un peu plus sérieux et intense. Évidemment, il y a la série originale, qui plaît beaucoup aux jeunes en fin d’études au primaire ou qui commencent l’école secondaire.

 

Cherami Leigh : De mon côté, j’aime la fiction historique, qui propose quelque chose que je pourrais imaginer avoir peut-être été vraie, quelque chose comme une vérité qui aurait été cachée si longtemps que personne ne voudrait ou ne pourrait en parler en toute honnêteté… J’ai lu un livre intitulé I, Mona Lisa (NDLR Moi, Mona Lisa, en français. De l’auteure Jeanne Kalogridis) que j’ai vraiment aimé, parce que proposait une histoire où Mona Lisa était liée aux Médicis. C’était fascinant! L’histoire de l’art, l’histoire politique et l’histoire des religions sont d’excellentes sources pour les écrivains d’imaginaire. Pour des lecteurs plus jeunes, je recommanderais la série Le Quatuor de Lois Lowry, car elle a un bel univers narratif. Je n’ai pas été très emballée par son adaptation au cinéma, mais je pense que c’est simplement parce qu’on imagine le monde différemment lorsqu’on le lit, et tout le monde doit avoir sa propre vision de cet univers… Aussi, la série des Harry Potter est toujours amusante! Quant aux animés, je recommanderais évidemment Sailor Moon, mais aussi Sword Art Online. SAO est basé sur un concept très intéressant: des joueurs sont piégés dans l’univers d’un jeu de réalité virtuelle en ligne, où mourir provoque aussi la mort dans la vie réelle. Naturellement, les enjeux liés à la survie sont très présents dans cette série. J’ai également adoré travailler pour Fairy Tail, une série de fantasy de longue durée, où se mélangent de la magie, des conflits, de l’amitié et de l’humour!

 

Amanda Miller : Je fais présentement du doublage pour une émission de télévision qui s’appelle LASTMAN, et c’est tellement génial! Il s’agit à l’origine d’une série d’animation française, d’à peu près 26 épisodes, qui devrait paraître en anglais dans quelques mois. Il y a de tout dans cette série: c’est amusant, c’est sombre, il y a des démons surnaturels. Et ça reste humain.

 

Cherami Leigh : C’est une série émotionnellement lourde … Elle est parfois légère par son humour, mais les choses sérieuses deviennent vite très noires.

 

Amanda Miller : Je la recommande fortement!

 

Adrien Kamran : Merci pour ces suggestions, on va garder un oeil sur tout ça! Et c’est là-dessus que se termine cette entrevue. Merci beaucoup pour votre temps! C’était un honneur de vous rencontrer toutes les deux.

 

Les deux : Merci à toi!

 

J’espère que cette entrevue avec Cherami Leigh et Amanda Miller vous a intéressés! En avez-vous un peu appris sur le métier de doubleur dans l’univers des animés japonais? Faites-vous du doublage vous aussi? Dites-nous s’il y a des aspects du métier que nous n’avons pas pu aborder avec les deux invitées!

 


 

Pour Adrien, la fin d’une histoire doit être du même goût que le café qu’il aime, soit douce-amère : selon lui, les «gentils» doivent souffrir un peu pour arriver à leurs buts. Grand amateur de jeux vidéos, musicien, lecteur et étudiant, Adrien aime pouvoir s’évader de la réalité, ce qu’une bonne histoire peut lui permettre de faire. Que ce soit à travers les yeux de la jeune Deryn Sharp, qui saute d’une corde à l’autre sur un dirigeable dans le monde steampunk de Leviathan, ou par ceux du biologiste qui explore l’étrange écosystème de l’Area X d’Annihilation, où les lois de la nature sont tordues, Adrien adore découvrir les nouveaux mondes que lui proposent les genres de l’imaginaire. Il croit fermement que les livres sont des portails essentiels pour explorer les créations de l’esprit.

1 Commentaire

  1. Super entrevue Adrien! Ça m’a donné envie d’aller regarder la nouvelle série 😀

Poster une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *