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Posté par le 10 Mai, 2017 dans Romans et bandes dessinées | 0 commentaire

De la philosophie anticipative bien « pensée » !

De la philosophie anticipative bien « pensée » !

 

Par Yu Hong

 

Des mythes aux plus récents travaux scientifiques, l’immortalité demeure un sujet qui nous obsède parce que nous, les humains, cherchons constamment à améliorer nos conditions de vie, à vivre mieux et plus longtemps. Dans le roman Le projet Éternité, paru aux Éditions Leméac à l’automne 2016, Jean-François Beauchemin reprend ce thème très classique, mais il réussit à raconter une histoire de manière plausible et réfléchie, à travers le vécu et l’évolution psychologique de Sinclair, le seul homme « non-converti » d’un possible futur trois siècles après le nôtre. Tout le monde y est protégé contre la vieillesse et les maladies grâce à des manipulations géniques.

 

Similaire dans son approche à d’autres œuvres d’anticipation dystopique classiques comme 1984 ou Fahrenheit 451, où il est aussi question de sociétés contrôlées par une organisation centrale, l’histoire du Projet Éternité diffère cependant de celles de ces livres par la volonté du corps gouvernemental d’écouter et d’offrir les meilleures conditions de vie à ses citoyens. De plus, je dois vous avertir : ce roman ne traite pas non plus d’exploration spatiale comme beaucoup d’autres œuvres de science-fiction, mais discute – c’est le bon mot ! – de concepts philosophiques qui concernent l’immortalité. Dans ce roman, par des références à des événements et à des personnages historiques réels et par une évolution plausible de la technologie dans un futur pas si lointain, l’auteur construit une version futuriste mais réaliste de notre monde et articule une méthode logique pour l’atteinte de l’immortalité. Comme cet avenir semble si proche de nous, j’ai facilement pu me situer dans les conflits généraux qui surgissent dans l’histoire et j’ai été interpellée par les questions que se posent les personnages en réaction aux problèmes qui en découlent, soit autant des dilemmes moraux que des épidémies bien concrètes auxquelles doivent faire face les gestionnaires de ce monde aseptisé.

 

Dans un langage soutenu et extrêmement clair, Beauchemin décrit adroitement le monde du roman, et on sent qu’il commente lui-même plusieurs des controverses morales du récit. Le schéma narratif est somme toute assez simple : il n’y a pas des milliers de personnages qu’on perd au milieu de la lecture, et toutes les trames s’enchaînent fluidement. Ce choix d’une intrigue simple, voire ténue, affaiblit un peu le goût de lire le roman au début, surtout dans la première des trois parties du roman, où il y a très peu d’actions… Toutefois, comme on sympathise rapidement avec Sinclair, le seul humain normal – c’est-à-dire qui nous ressemble un peu – dans le futur, on veut voir ce qui lui arrive dans les autres parties du roman. Je suis donc restée accrochée à l’intrigue, et j’ai pu découvrir les possibles effets et implications des procédés de l’immortalisation, qui ne sont pas tous si bénéfiques que ça. Le roman arrive ainsi à soulever plusieurs questions philosophiques, sur ce qu’est la vie sans la mort, sur l’utilité de mesurer le temps lorsqu’il nous devient infini, sur la raison d’être de la joie quand il n’existe plus d’émotions négatives, celles-ci ayant été supprimées par les traitements neuronaux… Et beaucoup, beaucoup plus !

Ces questions m’ont amenée, sans que je m’en aperçoive d’abord, vers une réflexion profonde et personnelle de ce qu’est l’immortalité, et c’est ce qui donne, selon moi, toute sa valeur au Projet Éternité. Certes, la qualité de l’écriture de Beauchemin et l’intrigue plutôt simple sont des aspects importants de ce livre, mais, à mon avis, les meilleures œuvres littéraires doivent aussi être capables de faire passer un message pertinent à ses lecteurs, de leur offrir des pistes afin d’ajouter du sens à la vie. Nos connaissances personnelles se confinent normalement à nos propres expériences de la vie et à nos relations avec les gens. On tente parfois de marcher hors des sentiers battus, d’adopter de nouvelles perspectives, mais il n’est pas facile de le faire sans être guidé. Dans Le projet Éternité, Beauchemin a su créer un parcours qui, même s’il nous emporte dans un futur à explorer, demeure attaché à notre réalité actuelle. De son œuvre jaillissent des questions puissantes qui offrent différentes perspectives sur un thème fondateur.

 

En somme, la lecture du Projet Éternité de Jean-François Beauchemin paraît un peu fade au début, mais tout s’améliore de façon exponentielle lorsqu’on approche le cœur du roman. Je ne le conseillerais donc pas à ceux qui recherchent une lecture relaxante, quoiqu’il m’ait permis d’atteindre une tranquillité méditative assez profonde. Je ne le suggérerais pas non plus aux amateurs de romans d’aventures ; ce n’est pas qu’il n’y a pas d’action dans Le projet Éternité, mais ça n’éclate pas de partout non plus. Cette lecture s’adresse donc à un lectorat mature, qui saurait apprécier les questions profondes que ce livre pose. Bref, je dirais que c’est un texte philosophique intégré à un récit fluide et réaliste. Selon moi, ce roman a le pouvoir de pousser ses lecteurs à la réflexion et de leur offrir un moment afin de songer au sens de la vie – de leur vie.

 


 

Yu est une étudiante en sciences qui aime les chiffres, l’exactitude et les faits fondés, mais elle aime aussi rêver de temps en temps et enrichir son univers grâce à ce que peuvent offrir les mondes des histoires qu’elle fréquente depuis qu’elle est toute petite. La lecture lui permet d’entrer dans ces mondes par les portes que créent les mots des auteurs, auxquels elle ajoute une pincée de sa propre imagination. Ce pouvoir des mots a fait de Yu une amoureuse des livres : rien ne l’ennuie, même pas les lectures obligatoires pour lesquelles elle arrive toujours à trouver des aspects positifs. Cependant, de plus en plus, c’est la science-fiction qui l’attire, dans laquelle elle se retrouve, parmi les termes scientifiques que le genre emploie et qui portent sur la technologie et sur l’humanité. Elle ne voit pas de contradictions entre les sciences et la littérature ; ainsi, dès le commencement, elle a rejoint les Horizons imaginaires sans hésiter.

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