{"id":988,"date":"2017-04-21T16:30:23","date_gmt":"2017-04-21T20:30:23","guid":{"rendered":"http:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/?p=988"},"modified":"2017-04-22T13:50:21","modified_gmt":"2017-04-22T17:50:21","slug":"retour-a-requiem-entrevues-avec-norbert-spehner-et-richard-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/2017\/04\/21\/retour-a-requiem-entrevues-avec-norbert-spehner-et-richard-leclerc\/","title":{"rendered":"Retour \u00e0 Requiem : entrevues avec Norbert Spehner et Richard Leclerc"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Par Matt Kerachian<\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L&rsquo;ann\u00e9e 1974 marque le d\u00e9but d\u2019un projet qui aura durablement marqu\u00e9 le milieu de la science-fiction et du fantastique au Qu\u00e9bec : Norbert Spehner, professeur de fran\u00e7ais au C\u00e9gep \u00c9douard-Montpetit, fondait un fanzine nomm\u00e9 <em>Requiem,<\/em> qui est plus tard devenu la revue <em>Solaris<\/em>. Dans ce projet, il \u00e9tait aid\u00e9 d\u2019un certain nombre de ses \u00e9tudiants, qui se rassemblaient par passion pour la SFF dans ce projet fondateur.<\/p>\n<p>Au cours des derniers mois, nous avons eu la chance d&rsquo;interviewer Norbert Spehner et l&rsquo;un de ses anciens \u00e9tudiants, Richard Leclerc. L&rsquo;objectif de ces entrevues \u00e9tait d&rsquo;en savoir plus sur la cr\u00e9ation de la revue du point de vue du professeur autant que de celui d\u2019un \u00e9tudiant qui y a travaill\u00e9 tout au d\u00e9but.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Horizons imaginaires : Qu&rsquo;est-ce qui vous a amen\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er <em>Requiem<\/em> avec des \u00e9tudiants, lorsque vous \u00e9tiez professeur de fran\u00e7ais \u00e0 \u00c9douard-Montpetit ? Comment et pourquoi est n\u00e9 le projet de <em>Requiem<\/em> ? Comment l\u2019\u00e9quipe s\u2019est-elle rassembl\u00e9e ?<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Norbert Spehner : Dans les ann\u00e9es 1970, je donnais un cours de litt\u00e9rature (compl\u00e9mentaire) intitul\u00e9 <em>Litt\u00e9rature polici\u00e8re, fantastique et de science-fiction<\/em> qui, est-il n\u00e9cessaire de le dire, avait beaucoup de succ\u00e8s aupr\u00e8s des \u00e9tudiants. \u00c0 la derni\u00e8re session de 1973, j&rsquo;ai eu des groupes dans lesquels il y a avait de vrais fans de SF (litt\u00e9rature et\/ou cin\u00e9ma). \u00c0 la fin de la session, certains ont demand\u00e9 si on pouvait garder le contact, et de l\u00e0 est n\u00e9e l&rsquo;id\u00e9e, au d\u00e9but de 1974,\u00a0 de la cr\u00e9ation d&rsquo;une sorte de club auquel nous avons donn\u00e9 le nom pompeux de \u00ab Cercle d&rsquo;\u00e9tude du fantastique et de la science-fiction \u00bb. Comme le d\u00e9sir d&rsquo;\u00e9crire et de communiquer en titillait plusieurs, j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 de publier un bulletin que je faisais imprimer aux frais du D\u00e9partement \u00e0 titre de mat\u00e9riel p\u00e9dagogique. C\u2019est ainsi qu&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s successivement <em>Le Cyborg<\/em>, <em>Le Navet volant<\/em>, <em>Le Golfeur<\/em>, <em>Le Cercle<\/em>, <em>Le Paradis disloqu\u00e9<\/em>, etc., chacun y allant de son d\u00e9lire. Dans ces bulletins plus que rustiques, on retrouvait de courts r\u00e9cits, de petits articles, des critiques de livres et de films, diverses infos et des dessins assez simplistes, reconnaissons-le ! C&rsquo;est \u00e0 la deuxi\u00e8me session de 1974 qu&rsquo;a pris forme l&rsquo;id\u00e9e de publier un vrai fanzine avec le soutien financier du Service aux \u00e9tudiants (ils ont pay\u00e9 les trois premiers num\u00e9ros) et du D\u00e9partement de fran\u00e7ais. Le groupe m&rsquo;a choisi comme r\u00e9dacteur en chef. Restait le choix du nom\u2026 Probl\u00e8me \u00e9pineux, car tout le monde avait sa petite id\u00e9e. Apr\u00e8s plusieurs r\u00e9unions houleuses et infructueuses, soit au coll\u00e8ge, soit chez l&rsquo;un d&rsquo;entre nous, j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 de prendre les choses en main. J&rsquo;ai demand\u00e9 \u00e0 Charlotte, seule fille du groupe, quel \u00e9tait son choix. Elle a dit : \u00ab Requiem \u00bb ! Adopt\u00e9, ai-je impos\u00e9 (h\u00e9!, on est prof ou on ne l&rsquo;est pas !). Et c&rsquo;est ainsi que le premier num\u00e9ro a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en septembre 1974.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Horizons imaginaires : Avant l\u2019arriv\u00e9e du fanzine <em>Requiem<\/em>, que consultaient les jeunes amateurs de SFF du Qu\u00e9bec pour leur dose quotidienne de litt\u00e9ratures de l\u2019imaginaire ? O\u00f9 se r\u00e9unissaient-ils (congr\u00e8s, boutiques, soir\u00e9es, autres fanzines, etc.) ?<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Norbert Spehner : Avant l&rsquo;arriv\u00e9e de <em>Requiem, <\/em>c&rsquo;\u00e9tait un peu le D\u00e9sert des Tartares. Il n&rsquo;y avait rien, en tout cas rien de qu\u00e9b\u00e9cois : ni fanzines, ni congr\u00e8s. Il fallait se rabattre sur les publications fran\u00e7aises ou anglo-saxonnes. La majorit\u00e9 de mes \u00e9tudiants lisaient de la SF en fran\u00e7ais, mais ils \u00e9taient surtout amateurs de films. D&rsquo;autres \u00e9taient tr\u00e8s au fait de ce qui se faisait aux \u00c9tats-Unis. Avec certains d&rsquo;entre eux, je suis all\u00e9 \u00e0 la Convention mondiale de Toronto [en 1973, NDLR] o\u00f9 j&rsquo;ai rencontr\u00e9 plusieurs fans francophones, de futurs auteurs comme Esther Rochon ou de futurs abonn\u00e9s dont j&rsquo;avais pris le soin de noter les adresses postales pour les contacter plus tard. Bref, <em>Requiem<\/em> arrivait au bon moment&#8230; Il y avait un vide b\u00e9ant \u00e0 combler, et nous l&rsquo;avons fait !<\/p>\n<div id=\"attachment_990\" style=\"width: 587px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-990\" class=\"wp-image-990 \" src=\"http:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/Cre_dits-Lisette_Racine-300x197.jpeg\" alt=\"\" width=\"577\" height=\"379\" srcset=\"https:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/Cre_dits-Lisette_Racine-300x197.jpeg 300w, https:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/Cre_dits-Lisette_Racine-207x136.jpeg 207w, https:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/Cre_dits-Lisette_Racine-260x170.jpeg 260w, https:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/Cre_dits-Lisette_Racine-430x283.jpeg 430w, https:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/Cre_dits-Lisette_Racine.jpeg 640w\" sizes=\"auto, (max-width: 577px) 100vw, 577px\" \/><p id=\"caption-attachment-990\" class=\"wp-caption-text\"><strong>Cr\u00e9dit photo : Lisette Racine<\/strong><\/p><\/div>\n<p><strong>Horizons imaginaires : Comment l\u2019\u00e9quipe de <em>Requiem<\/em> fonctionnait-elle ? Aviez-vous une m\u00e9thode de travail pr\u00e9cise ? Un calendrier \u00e0 respecter ? Une lign\u00e9e \u00e9ditoriale ? O\u00f9 distribuiez-vous le fanzine ? Comment financiez-vous vos activit\u00e9s ?<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Norbert Spehner : Pour les premiers num\u00e9ros, on se r\u00e9unissait chez les uns ou les autres, et on mobilisait les talents (illustrations, dactylographie, mise en page, textes, etc.). Ce sont les \u00e9tudiants qui ont fait la mise en page des premiers num\u00e9ros. Tout le monde mettait la main \u00e0 la p\u00e2te. La ligne \u00e9ditoriale \u00e9tait dict\u00e9e par moi. Je voulais avant tout faire un fanzine d&rsquo;information : nouvelles parutions, critiques de livres et de films, etc. Mais tr\u00e8s vite s&rsquo;est impos\u00e9e la n\u00e9cessit\u00e9 de publier de la fiction, et le fanzine a tr\u00e8s bien combin\u00e9 les deux. Les trois premiers num\u00e9ros ont \u00e9t\u00e9 financ\u00e9s par le coll\u00e8ge, et le premier num\u00e9ro a \u00e9t\u00e9 largement distribu\u00e9 gratuitement, m\u00eame si le prix de vente indiqu\u00e9 \u00e9tait de 75 cents. J&rsquo;avais en banque de nombreuses adresses d&rsquo;amateurs qu\u00e9b\u00e9cois et europ\u00e9ens. Coup de chance : le premier num\u00e9ro a eu droit \u00e0 un article dans <em>La Presse<\/em>, ce qui nous a amen\u00e9 de nombreux abonn\u00e9s. Le fanzine a aussi \u00e9t\u00e9 mis en vente dans quelques librairies sp\u00e9cialis\u00e9es de Montr\u00e9al. Bref, l&rsquo;argent rentrait et, d\u00e8s le quatri\u00e8me num\u00e9ro, la publication s&rsquo;\u00e9tait autofinanc\u00e9e. Plus tard, beaucoup plus tard, le fanzine a re\u00e7u des subventions du f\u00e9d\u00e9ral et du provincial. Tr\u00e8s vite, gr\u00e2ce \u00e0 de multiples \u00e9changes avec d&rsquo;autres \u00e9diteurs de fanzines dans le monde, <em>Requiem <\/em>a \u00e9t\u00e9 distribu\u00e9 dans plusieurs pays, dont la Nouvelle-Z\u00e9lande, l&rsquo;Allemagne, l&rsquo;Italie, l&rsquo;Espagne, la France, la Belgique, le Royaume-Uni, le Canada anglais, les \u00c9.-U., und so weiter&#8230;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Horizons imaginaires : Pour quelles raisons <em>Requiem<\/em> s&rsquo;est-il transform\u00e9 en <em>Solaris <\/em>? Comment la transition s\u2019est-elle pass\u00e9e ? La revue <em>Solaris<\/em> gardait-elle des attaches avec le milieu scolaire, avec les \u00e9tudiants du c\u00e9gep, etc. ? \u00a0<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Norbert Spehner : Pourquoi <em>Solaris<\/em> ? Parce que je LEM ! (jeu de mots song\u00e9 pass\u00e9 dans les annales&#8230;). En fait, je n&rsquo;ai jamais trop appr\u00e9ci\u00e9 <em>Requiem<\/em>, \u00e7a n&rsquo;\u00e9tait ni mon id\u00e9e ni mon choix. J&rsquo;avais toujours souhait\u00e9 que ce soit <em>Solaris<\/em>, en hommage au fameux roman de Stanislas Lem. Seul \u00e0 la barre de la revue apr\u00e8s le d\u00e9part des membres fondateurs que la vie avait dispers\u00e9s, j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;op\u00e9rer le changement \u00e0 partir du num\u00e9ro 28 (ao\u00fbt-septembre 1979), qui a suivi le premier Congr\u00e8s Bor\u00e9al qui se tenait \u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 \u00e0 Chicoutimi. \u00c0 ce moment, la revue n&rsquo;avait plus de lien ni avec l&rsquo;ancienne \u00e9quipe, ni avec le coll\u00e8ge. J&rsquo;occupais toutes les fonctions : propri\u00e9taire, directeur g\u00e9n\u00e9ral, r\u00e9dacteur en chef, facteur, comptable, critique et concierge ! Seul ma\u00eetre \u00e0 bord jusqu&rsquo;au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980 o\u00f9 j&rsquo;ai pass\u00e9 le relais \u00e0 un groupe de collaborateurs qui se sont montr\u00e9s \u00e0 la hauteur. Car pour une revue, un fanzine, le probl\u00e8me, c&rsquo;est la rel\u00e8ve !<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Horizons imaginaires : Quelles \u0153uvres ont suscit\u00e9 votre int\u00e9r\u00eat pour la science-fiction ? En lisez-vous toujours r\u00e9guli\u00e8rement ?<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Norbert Spehner : J&rsquo;ai pris go\u00fbt \u00e0 la lecture des \u0153uvres de science-fiction \u00e0 cause de deux auteurs et de trois \u0153uvres : <em>Vingt mille lieues sous les mers<\/em> et <em>Voyage au centre de la Terre<\/em> de Jules Verne, et <em>La Plutonie<\/em> de Vladimir Obroutchev, celle-ci d\u00e9nich\u00e9e par hasard dans l&rsquo;immense biblioth\u00e8que du p\u00e8re d&rsquo;un ami d&rsquo;enfance. Cette histoire de voyage au pays des dinosaures dans les entrailles de la Terre m&rsquo;avait enchant\u00e9 (euph\u00e9misme). Par la suite, je me suis plong\u00e9 dans les classiques du genre et j&rsquo;ai d\u00e9couvert, \u00e9merveill\u00e9, <em>La Guerre des mondes<\/em> de H.G. Wells, <em>Les Chroniques martiennes<\/em> de Ray Bradbury, <em>Demain les chiens<\/em> de Clifford Simak, <em>Les Robots<\/em> d&rsquo;Isaac Asimov, <em>Dune<\/em> de Frank Herbert, etc., etc. Ayant toujours eu une pr\u00e9f\u00e9rence pour le fantastique (<em>Dracula<\/em> et <em>Frankenstein<\/em> sont mes \u0153uvres f\u00e9tiches &#8211; j&rsquo;ai plus ou moins cinquante versions de chacune, y compris en japonais !),\u00a0 je ne lis plus de la science-fiction que tr\u00e8s rarement, et ce sont g\u00e9n\u00e9ralement des \u0153uvres dans la lign\u00e9e de celles de Michael Crichton. Exception faite du cin\u00e9ma, je n&rsquo;ai jamais \u00e9t\u00e9 un grand fan de space opera ou des tendances dites modernes du genre (cyberpunk, steampunk et cie). J&rsquo;ai bien aim\u00e9 <em>La Route<\/em> de Cormac McCarthy mais n&rsquo;ai pas trip\u00e9 fort sur <em>Station Eleven<\/em> de Emily St. John Mandel, que j&rsquo;ai trouv\u00e9 peu cr\u00e9dible et trop statique. De temps en temps, je me laisse encore tenter par un Stephen King qui, pendant longtemps, a \u00e9t\u00e9 un de mes \u00e9crivains favoris.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Horizons imaginaires : Vous \u00eates reconnu comme l\u2019un des meilleurs sp\u00e9cialistes du polar, auteur de plusieurs ouvrages de r\u00e9f\u00e9rence, dont le r\u00e9cent <em>D\u00e9tectionnaire<\/em> : croyez-vous que les genres de l\u2019imaginaire et le polar sont li\u00e9s ? S\u2019influencent-ils ? Sont-ils en comp\u00e9tition ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Norbert Spehner : Sauf pour quelques lecteurs plus \u00e9clectiques et polyvalents, les genres populaires sont des univers parall\u00e8les. Nous sommes quelques rares exceptions \u00e0 naviguer dans tous les domaines. Pour ma part, en plus du roman policier, de la science-fiction et du fantastique (d\u00e9sol\u00e9, mais la fantasy n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 ma tasse de th\u00e9 !), je suis aussi un grand lecteur de romans westerns. Chaque genre a son lectorat qui organise ses activit\u00e9s, ses publications. D&rsquo;ailleurs, le lectorat du polar, par exemple, est plus g\u00e9n\u00e9ralement \u00e2g\u00e9 que celui de la SF ou de l&rsquo;horreur. Ces diff\u00e9rents univers n&rsquo;entrent jamais ni en comp\u00e9tition ni en collision. Chacun fait sa petite affaire dans son propre coin. Rares sont les participants d&rsquo;un Congr\u00e8s Bor\u00e9al que l&rsquo;on retrouvera aussi aux Printemps meurtriers de Knowlton, et inversement. Petite anecdote : dans la p\u00e9riode o\u00f9 j&rsquo;\u00e9tais \u00e0 la barre de <em>Solaris<\/em>, il y avait un excellent critique de science-fiction \u00e0 <em>La Presse<\/em>. \u00c0 un moment donn\u00e9, probablement aussi satur\u00e9 que moi, Gilbert Grand a d\u00e9laiss\u00e9 la SF pour devenir critique de polars. Et c&rsquo;est moi, le soi-disant \u00ab p\u00e8re de la science-fiction \u00bb qu\u00e9b\u00e9coise, qui a remplac\u00e9 Gilbert \u00e0 <em>La Presse<\/em> pour la chronique polars. Comme quoi\u2026 !<\/p>\n<div id=\"attachment_991\" style=\"width: 489px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-991\" class=\"wp-image-991\" src=\"http:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/Cre_dits-Norbert_Spehner-300x225.jpeg\" alt=\"\" width=\"479\" height=\"360\" srcset=\"https:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/Cre_dits-Norbert_Spehner-300x225.jpeg 300w, https:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/Cre_dits-Norbert_Spehner.jpeg 640w\" sizes=\"auto, (max-width: 479px) 100vw, 479px\" \/><p id=\"caption-attachment-991\" class=\"wp-caption-text\"><strong>Cr\u00e9dit photo : Norbert Spehner<\/strong><\/p><\/div>\n<p><strong>Horizons imaginaires : Que pensez-vous de l&rsquo;avenir des litt\u00e9ratures de l\u2019imaginaire au Qu\u00e9bec ? Que leur souhaitez-vous ?<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Norbert Spehner : Au Qu\u00e9bec, le roman policier est en pleine expansion. Il se publie grosso modo 80 titres par an, et on compte pr\u00e8s d&rsquo;une cinquantaine d&rsquo;\u00e9crivains actifs. Mais la revue <em>Alibis<\/em> a cess\u00e9 sa publication faute de soutien du milieu (manque de textes publiables, manque d&rsquo;abonnements, etc.). Pendant ce temps, <em>Solaris<\/em> vogue joyeusement\u2026 C&rsquo;est, aujourd&rsquo;hui, la revue de science-fiction et de fantastique la plus ancienne de la francophonie. Et \u00e0 voir tout ce qui se trame en coulisse, la rel\u00e8ve semble assur\u00e9e. Je crois que les litt\u00e9ratures de l&rsquo;imaginaire ont encore un bel avenir. Je suis tr\u00e8s confiant. Apr\u00e8s tout, elles offrent du r\u00eave et, dans ce monde o\u00f9 un fou furieux inculte dirige la plus grande puissance mondiale, r\u00eaver et esp\u00e9rer ne sont pas un luxe. Au pire, on ira sur Mars ou au-del\u00e0\u2026 L&rsquo;imagination au pouvoir !<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Horizons imaginaires : Quel \u00e9tait votre r\u00f4le dans le projet de Norbert Spehner ? Est-ce lui qui a lanc\u00e9 l\u2019id\u00e9e de faire <em>Requiem<\/em> ou l\u2019id\u00e9e venait-elle des \u00e9tudiants ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Richard Leclerc : Au d\u00e9but, c\u2019est Norbert Spehner qui nous a parl\u00e9 de tout \u00e7a. Je l\u2019avais d\u2019abord eu comme professeur dans un cours sur la litt\u00e9rature fantastique et la science-fiction, donc c\u2019est \u00e0 travers ce cours que j\u2019ai connu Norbert dans un premier temps. J\u2019ai ensuite connu le projet. Ce ne sont pas les \u00e9tudiants qui ont initi\u00e9 <em>Requiem<\/em> ; il y avait des \u00e9tudiants qui faisaient partie de l\u2019\u00e9quipe, mais le grand initiateur, c\u2019\u00e9tait vraiment Norbert.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Horizons imaginaires : Combien d\u2019\u00e9tudiants l\u2019\u00e9quipe comptait-elle \u00e0 l\u2019\u00e9poque ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Richard Leclerc : Je me rappelle de r\u00e9unions o\u00f9 on \u00e9tait \u00e0 peu pr\u00e8s sept ou huit \u00e9tudiants. Je me souviens aussi d\u2019une soir\u00e9e qu\u2019on a eue chez Norbert, pour le lancement d\u2019un num\u00e9ro de la revue, o\u00f9 il avait invit\u00e9 plusieurs collaborateurs. On pouvait faire une distinction entre l\u2019\u00e9quipe de base plus r\u00e9guli\u00e8re et les collaborateurs, plus nombreux. On devait \u00eatre une bonne vingtaine en tout si on les comptait.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Horizons imaginaires : Est-ce que votre position en tant que directeur de <em>L\u2019InsTruie<\/em>, le journal \u00e9tudiant \u00e0 \u00c9douard-Montpetit, vous a pouss\u00e9 \u00e0 vous joindre au projet de Norbert Spehner ? Y a-t-il eu d\u2019autres raisons ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Richard Leclerc : C\u2019est certain que, comme j\u2019\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 un des directeurs du journal \u00e9tudiant, \u00e7a m\u2019a aid\u00e9 \u00e0 joindre l\u2019\u00e9quipe de Norbert. Au journal \u00e9tudiant, on \u00e9tait deux codirecteurs : je n\u2019\u00e9tais pas le seul patron, c\u2019\u00e9tait tr\u00e8s\u2026 coll\u00e9gial ! J\u2019\u00e9tais le directeur artistique, et il y avait un autre \u00e9tudiant, qui s\u2019appelait Dominique Colin, qui s\u2019occupait davantage du contenu \u00e9ditorial de <em>L\u2019InsTruie<\/em>. Moi, je g\u00e9rais surtout le contenu artistique et la publicit\u00e9. Je faisais le tour des commerces pr\u00e8s du c\u00e9gep pour vendre des espaces publicitaires dans le journal. \u00c0 \u00c9douard-Montpetit, j\u2019ai aussi fait des cours de sciences graphiques, et dans ces cours-l\u00e0, je suis devenu appariteur pour le professeur de l\u2019\u00e9poque. J\u2019\u00e9tais reconnu comme quelqu\u2019un d\u2019assez bon \u00e0 la table \u00e0 dessin. Je pense que c\u2019est pour ces raisons qu\u2019on est venu me chercher. En effet, apr\u00e8s m\u2019avoir connu comme \u00e9tudiant, Norbert a vu que j\u2019\u00e9tais \u00e9galement habile avec la mise en page, et je suis all\u00e9 pr\u00eater main-forte \u00e0 <em>Requiem<\/em> pour le visuel. M\u00eame si un article est paru \u00e0 mon nom dans les premiers mois de la revue, mon ambition, \u00e0 ce moment-l\u00e0, \u00e9tait vraiment d\u2019aller dans le graphisme. C\u2019est d\u2019ailleurs l\u00e0-dedans que je me suis engag\u00e9 un peu plus tard quand je me suis inscrit \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 Montr\u00e9al, o\u00f9 j\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e9tudiant en design 3D.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Horizons imaginaires : Comment l\u2019\u00e9quipe de <em>Requiem <\/em>fonctionnait-elle ? Aviez-vous une m\u00e9thode de travail pr\u00e9cise ? Une ligne \u00e9ditoriale ? Un calendrier \u00e0 respecter ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Richard Leclerc : La ligne \u00e9ditoriale, c\u2019est vraiment Norbert qui peut en parler davantage. C\u2019\u00e9tait lui, l\u2019\u00e9diteur. C\u2019\u00e9tait lui qui faisait la s\u00e9lection finale des articles ; m\u00eame s\u2019il y avait des gens qui remettaient beaucoup de textes, c\u2019est vraiment lui qui d\u00e9cidait lesquels \u00e9taient ensuite publi\u00e9s. Peut-\u00eatre qu\u2019il y avait un petit comit\u00e9 autour de lui pour partager les d\u00e9cisions, mais comme \u00e7a fait maintenant plus de 40 ans de \u00e7a, je ne suis pas s\u00fbr ! J\u2019avais 17, 18 ans \u00e0 l\u2019\u00e9poque, j\u2019en ai 61 aujourd\u2019hui ; \u00e7a fait un bail, comme on dit !<\/p>\n<p>Bref, la lign\u00e9e \u00e9ditoriale, si elle n\u2019\u00e9tait pas exclusive, elle \u00e9tait certainement influenc\u00e9e par Norbert, \u00e7a, c\u2019est certain. Par exemple, je me rappelle d\u2019un texte que j\u2019avais pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 Norbert : c\u2019est lui qui est venu me dire que mon texte avait \u00e9t\u00e9 accept\u00e9. Mais le processus d\u2019acceptation, je peux difficilement en parler. De mon c\u00f4t\u00e9, c\u2019\u00e9tait du travail isol\u00e9, \u00e0 la table \u00e0 dessin : je travaillais surtout de la maison, donc je n\u2019avais pas beaucoup d\u2019interactions avec les autres membres de l\u2019\u00e9quipe, contrairement \u00e0 ce que je faisais pour le journal \u00e9tudiant. <em>L\u2019InsTruie<\/em> sortait une fois aux deux semaines ! Si on compare les deux, <em>Requiem<\/em> \u00e9tait plus sur le long terme, alors que le journal \u00e9tudiant traitait plut\u00f4t de l\u2019actualit\u00e9 &#8211; et on y d\u00e9non\u00e7ait souvent ce que le conseil d\u2019administration du c\u00e9gep faisait, on \u00e9tait tr\u00e8s politis\u00e9s ! Des membres de l\u2019\u00e9quipe faisaient partie du comit\u00e9 d\u2019action politique du c\u00e9gep, apr\u00e8s tout\u2026 C\u2019\u00e9tait plus actif, plus politis\u00e9 qu\u2019\u00e0 <em>Requiem<\/em>, qui \u00e9tait plus cr\u00e9atif, plus artistique, o\u00f9 on parlait d\u2019une autre passion que la politique. Norbert avait d\u2019ailleurs su insuffler en nous, \u00e0 travers son cours que la plupart des collaborateurs avaient suivi, un grand amour pour la science-fiction et pour le fantastique ; on \u00e9tait tous branch\u00e9s l\u00e0-dessus ! C\u2019\u00e9tait aussi une belle \u00e9poque ; bien s\u00fbr, il y avait eu bien des livres parus avant, comme <em>1984<\/em>, mais c\u2019est quand m\u00eame dans le cours de Norbert que j\u2019ai d\u00e9couvert l\u2019anticipation. C\u2019est donc Norbert qui \u00e9tait le grand gourou l\u00e0-dedans. Au journal \u00e9tudiant, on pouvait partager les informations entre nous, mais avec un sujet aussi pr\u00e9cis que la SFF, c\u2019\u00e9tait vraiment \u00e0 travers l\u2019exp\u00e9rience du cours et du ma\u00eetre que \u00e7a passait. Et Norbert, je le reconnais toujours comme la sommit\u00e9 en science-fiction et en fantastique au Qu\u00e9bec actuellement.<\/p>\n<div id=\"attachment_994\" style=\"width: 494px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-994\" class=\"wp-image-994\" src=\"http:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/Richard_Leclerc-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"484\" height=\"484\" srcset=\"https:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/Richard_Leclerc-300x300.jpg 300w, https:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/Richard_Leclerc-150x150.jpg 150w, https:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/Richard_Leclerc-768x767.jpg 768w, https:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/Richard_Leclerc-1024x1024.jpg 1024w, https:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/Richard_Leclerc-37x37.jpg 37w, https:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/Richard_Leclerc-128x128.jpg 128w, https:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/Richard_Leclerc-184x184.jpg 184w, https:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/Richard_Leclerc.jpg 1600w\" sizes=\"auto, (max-width: 484px) 100vw, 484px\" \/><p id=\"caption-attachment-994\" class=\"wp-caption-text\">Cr\u00e9dit photo : Richard Leclerc<\/p><\/div>\n<p><strong>Horizons imaginaires : Lisez-vous toujours des livres des genres de l\u2019imaginaire ou \u00e9tait-ce plut\u00f4t une affaire d\u2019adolescence ? Quels \u00e9taient vos auteurs favoris, vos genres de pr\u00e9dilection ? Auriez-vous des recommandations \u00e0 nous faire ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Richard Leclerc : J\u2019en lisais un par semaine, mais c\u2019est maintenant de l\u2019ordre d\u2019un par ann\u00e9e ! J\u2019en ai lu de moins en moins apr\u00e8s mes \u00e9tudes, parce que depuis que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 travailler, j\u2019ai beaucoup d\u2019autres projets auxquels je dois accorder mon temps : je suis charg\u00e9 de cours en publicit\u00e9 \u00e0 l\u2019universit\u00e9 et j\u2019exerce aussi le m\u00e9tier de publicitaire ! Il y a donc un lien entre ce que je faisais autrefois \u00e0 <em>Requiem<\/em>, je fais encore de la publicit\u00e9, je fais encore du graphisme, j\u2019\u00e9dite encore des trucs, bien que diff\u00e9remment, en blogue ou en site web. Je dois n\u00e9cessairement \u00eatre au courant des publicit\u00e9s actuelles, donc je reste concentr\u00e9 sur ce qui s\u2019\u00e9crit dans mon domaine ; ainsi, je lis moins de SFF qu\u2019autrefois, \u00e7a, c\u2019est clair !<\/p>\n<p>Par contre, j\u2019aime toujours \u00e7a : j\u2019ai toujours le go\u00fbt, de temps en temps, quand je suis en vacances, de lire un bon roman ! Et un des livres qui m\u2019a le plus marqu\u00e9, c\u2019est un roman que j\u2019ai lu \u00e0 l\u2019\u00e9poque de <em>Requiem<\/em> : <em>Abattoir 5 <\/em>(<em>Slaughterhouse five<\/em>), de Kurt Vonnegut, que j\u2019ai lu en fran\u00e7ais. J\u2019ai aussi vu le film, qui date de la m\u00eame \u00e9poque. L\u00e0, on est vraiment dans quelque chose de diff\u00e9rent, ce n\u2019est pas comme un livre de science-fiction traditionnel : il y avait quelque chose l\u00e0-dedans d\u2019absolument d\u00e9boussolant. C\u2019est probablement un de mes livres pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s ! J\u2019aimais \u00e9galement le fantastique : je me rappelle quand j\u2019ai lu les <em>Dracula<\/em>, <em>Frankenstein<\/em> et compagnie, les grands classiques du genre\u2026 Wow ! Je les trouvais absolument extraordinaires ! Alors, c\u2019est s\u00fbr que de temps en temps, quand je peux me trouver un peu de r\u00e9pit pour en lire, j\u2019aime vraiment \u00e7a. Mais je n\u2019ai plus le temps&#8230;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Horizons imaginaires : Avant le fanzine <em>Requiem<\/em>, o\u00f9 les jeunes (et les moins jeunes) pouvaient-ils d\u00e9nicher de la SF et du fantastique ? Y avait-il d\u2019autres espaces qui vous permettaient de vous r\u00e9unir (revues, boutiques, congr\u00e8s, etc.) ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Richard Leclerc : Avant <em>Requiem<\/em> ? Franchement, je ne le sais pas ! \u00c0 l\u2019\u00e9poque du fanzine, j\u2019avais 17 ans. J\u2019\u00e9tais quand m\u00eame int\u00e9ress\u00e9 par certains livres avant, qui pouvaient \u00eatre en lien avec la science-fiction et le fantastique, mais le d\u00e9clic s\u2019est vraiment fait avec le cours de Norbert. Et il n\u2019y avait pas un Norbert dans chaque c\u00e9gep du Qu\u00e9bec ; on \u00e9tait choy\u00e9s par la pr\u00e9sence de ce prof-l\u00e0 \u00e0 \u00c9douard-Montpetit ! Il me semble qu\u2019il n\u2019y avait donc pas grand-chose, que c\u2019\u00e9tait assez t\u00e9nu. Il y avait quelques passionn\u00e9s qui pouvaient en parler, mais \u00e0 17 ans, tu n\u2019es pas n\u00e9cessairement \u00e0 la recherche de tous ces \u00e9l\u00e9ments-l\u00e0 : tu tombes sur un livre, tu le lis, tu l\u2019aimes, tu continues peut-\u00eatre de lire des livres de ce genre-l\u00e0\u2026 Mais si tu as quelqu\u2019un qui te donne un cours l\u00e0-dessus et que pendant les quinze semaines de la session, tu dois pratiquement lire quinze livres, disons que \u00e7a donne un grand coup ! Je crois donc que le cours a \u00e9t\u00e9 une initiation extraordinaire \u00e0 la SFF pour moi. Et ce cours-l\u00e0, on l\u2019a support\u00e9 plus largement en cr\u00e9ant <em>Requiem<\/em>, qui est ensuite devenu <em>Solaris<\/em>. Je crois qu\u2019au fond, le projet a permis d\u2019\u00e9largir des connaissances jusqu\u2019alors tr\u00e8s t\u00e9nues, r\u00e9serv\u00e9es \u00e0 quelques personnes. Avec la cr\u00e9ation d\u2019un fanzine, on a permis \u00e0 tout \u00e7a de s\u2019\u00e9largir, ce qui a permis \u00e0 plus de gens de d\u00e9couvrir la SFF. Je pense que \u00e7a a \u00e9t\u00e9 le point de d\u00e9part de quelque chose qui a pris de l\u2019ampleur, et qui fonctionne encore aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Horizons imaginaires : Comment la transition de <em>Requiem<\/em> vers <em>Solaris<\/em> a-t-elle \u00e9t\u00e9 v\u00e9cue, du point de vue des \u00e9tudiants ?<\/strong><br \/>\nRichard Leclerc : \u00c7a, j\u2019ai un peu de difficult\u00e9 \u00e0 y r\u00e9pondre, car j\u2019\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 rendu \u00e0 l\u2019universit\u00e9 lorsque c\u2019est arriv\u00e9. Je n\u2019\u00e9tais plus collaborateur \u00e0 la revue. Si je l\u2019ai su, c\u2019est parce que j\u2019\u00e9tais abonn\u00e9 \u00e0 <em>Requiem<\/em>. Ce que je peux dire, c\u2019est que <em>Requiem<\/em>, par son nom, \u00e9tait davantage li\u00e9 au fantastique, tandis que <em>Solaris<\/em> est plut\u00f4t all\u00e9 vers la science-fiction. J\u2019ai vu \u00e7a comme une transition vers la SF, qui \u00e9tait alors plus populaire ; on \u00e9tait dans les ann\u00e9es o\u00f9 est sorti le premier <em>Star Wars<\/em> ! J\u2019imagine que la revue recevait de plus en plus de textes portant sur la SF plut\u00f4t que sur le fantastique. Personnellement, j\u2019aime les deux, donc \u00e7a ne m\u2019a pas f\u00e2ch\u00e9. J\u2019ai vu le changement de nom en comprenant qu\u2019il y avait tout simplement un d\u00e9sir pour parler davantage de science-fiction. Mais je n\u2019\u00e9tais pas impliqu\u00e9 personnellement dans la transition<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Horizons imaginaires : En tant que sp\u00e9cialiste en design et en graphisme, que pensez-vous du r\u00f4le de ces disciplines dans la SFF ? <\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Richard Leclerc : Dans les livres de science-fiction et de fantastique, je trouve que le design est tr\u00e8s \u00e9vocateur : la page couverture nous montre souvent des \u00e9l\u00e9ments \u00e9tranges du r\u00e9cit, mais tout le reste, il faut l\u2019imaginer soi-m\u00eame. Par contre, l\u00e0 o\u00f9 \u00e7a importe beaucoup, c\u2019est dans les bandes dessin\u00e9es : il y en a eu de tr\u00e8s bonnes en SFF ! On en parlait d\u2019ailleurs dans <em>Requiem<\/em> : on ne traitait pas seulement des romans, on adressait aussi quelques clins d\u2019oeil \u00e0 certains auteurs de BD, c\u2019\u00e9tait int\u00e9ressant. On peut donc parler du design des bandes dessin\u00e9es SF, o\u00f9 les dessins sont plus \u00e9clat\u00e9s. Quand je compare ces images \u00e0 celles des bandes dessin\u00e9es classiques, comme <em>Tintin<\/em> ou <em>Ast\u00e9rix<\/em>, dont le dessin est pr\u00e9cis, o\u00f9 rien ne d\u00e9borde, o\u00f9 tout est <em>clean<\/em>, on est compl\u00e8tement ailleurs ! De ce point de vue l\u00e0, quand on regarde le style d\u2019Enki Bilal, plus moderne, \u00e7a d\u00e9colle ! Quelque chose s\u2019est pass\u00e9 quand la SF est entr\u00e9e dans la BD : les cases ne sont plus n\u00e9cessairement respect\u00e9es, l\u2019image d\u00e9borde, tout un nouveau langage est apparu \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970 et au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980. Le c\u00f4t\u00e9 classique de la BD fran\u00e7aise ou belge, avec Herg\u00e9, Uderzo, a \u00e9clat\u00e9 : on d\u00e9passe, on d\u00e9borde\u2026 et les femmes y sont beaucoup plus sensuelles, alors que dans <em>Tintin<\/em>, on n\u2019a pratiquement pas de femmes, sauf la Castafiore\u2026 \u00c7a ne s\u2019adresse plus aux enfants, mais aux jeunes adultes, aux adultes plus \u00e2g\u00e9s. D\u2019ailleurs, <em>Solaris<\/em> est arriv\u00e9 dans cette mouvance plus \u00e9clat\u00e9e, plus folle : la transition s\u2019est faite parce qu\u2019arrivait une nouvelle fa\u00e7on de voir le monde \u00e0 travers la science-fiction moderne.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Les Horizons imaginaires tiennent \u00e0 remercier Norbert Spehner et Richard Leclerc d\u2019avoir accept\u00e9 de r\u00e9pondre \u00e0 ces entrevues, et de nous avoir amen\u00e9s 40 ans en arri\u00e8re, au moment de la cr\u00e9ation d\u2019un fanzine qui a lui-m\u00eame fait na\u00eetre la science-fiction et le fantastique comme on les conna\u00eet maintenant au Qu\u00e9bec : <em>Requiem<\/em>.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3><div class='et-box et-shadow'>\n\t\t\t\t\t<div class='et-box-content'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-995\" src=\"http:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/bio_Matt-e1492669266927-275x300.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"164\" srcset=\"https:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/bio_Matt-e1492669266927-275x300.jpg 275w, https:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/bio_Matt-e1492669266927-768x838.jpg 768w, https:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/bio_Matt-e1492669266927-938x1024.jpg 938w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/> <strong>Matt est un \u00e9tudiant passionn\u00e9 de sciences au Coll\u00e8ge Marianopolis. Principalement int\u00e9ress\u00e9 par la biologie, il sait aussi appr\u00e9cier les merveilles qui peuvent surgir dans les litt\u00e9ratures de l\u2019imaginaire. Selon lui, la science-fiction et la litt\u00e9rature fantastique proposent des mondes qu\u2019on peut voir \u00e0 travers une lentille qui sait \u00e9liminer les contraintes du monde r\u00e9el. Quand il n&rsquo;\u00e9tudie pas, Matt passe la plupart de son temps \u00e0 regarder des films ou des \u00e9missions t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es. Son \u00e9mission pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e est BlackAdder. Ou The Wire. 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