{"id":2462,"date":"2018-12-21T10:00:57","date_gmt":"2018-12-21T15:00:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/?p=2462"},"modified":"2018-12-20T17:02:58","modified_gmt":"2018-12-20T22:02:58","slug":"amatka-par-karin-tidbeck-du-realisme-magique-classique-dans-une-dystopie-extraordinaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/2018\/12\/21\/amatka-par-karin-tidbeck-du-realisme-magique-classique-dans-une-dystopie-extraordinaire\/","title":{"rendered":"Amatka par Karin Tidbeck : du r\u00e9alisme magique classique dans une dystopie extraordinaire"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Par Ali Tahmasebi<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a><\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Les mots et les objets existent parce que nous existons<\/em>. Ce sont les locuteurs, surtout lorsqu\u2019ils parlent, qui donnent vie aux objets, aux actions et \u00e0 l\u2019univers. Du moins, c\u2019est <strong>litt\u00e9ralement<\/strong> le cas dans <em><a href=\"https:\/\/www.penguinrandomhouse.com\/books\/546226\/amatka-by-karin-tidbeck\/9781101973950\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Amatka<\/a>,<\/em> o\u00f9 les objets sont confirm\u00e9s dans leur existence par le mot qu\u2019on utilise pour les identifier. L\u2019auteure Karin Tidbeck travaille ainsi l\u2019importance des mots dans son roman de r\u00e9alisme magique, dont elle a elle-m\u00eame \u00e9crit les deux versions originales, su\u00e9doise et anglaise<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Vanja, la protagoniste du roman, occupe un poste d\u00e9senchantant, aux t\u00e2ches r\u00e9p\u00e9titives, dans la soci\u00e9t\u00e9 imaginaire dont Amatka est l\u2019une des rares villes, celle la plus au nord. La langue qu\u2019on parle dans ce monde est en train de se dissoudre, sans que la population s\u2019en rende vraiment compte, alors qu\u2019on se d\u00e9barrasse des mots les moins utiles. L\u2019\u00c9tat d\u00e9sire enlever les mots qui sont de trop, pour ne conserver que le n\u00e9cessaire, dans un effort visant \u00e0 cacher aux gens qu\u2019on peut, avec beaucoup d\u2019effort, transformer un objet en un autre si on lui attribue un nouveau nom.<!--more--><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_2465\" style=\"width: 710px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2465\" class=\"wp-image-2465\" src=\"http:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Cre_dit_Lisa_Wool-Rim_Sjo_blom-195x300.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"1079\" srcset=\"https:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Cre_dit_Lisa_Wool-Rim_Sjo_blom-195x300.jpg 195w, https:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Cre_dit_Lisa_Wool-Rim_Sjo_blom.jpg 255w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><p id=\"caption-attachment-2465\" class=\"wp-caption-text\"><strong>Cr\u00e9dit: Lisa Wool-Rim Sjo\u0308blom<\/strong><\/p><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le roman arrive \u00e0 montrer comment on r\u00e9ussit \u00e0 b\u00e2tir un univers autour de nous en utilisant certains mots et certains sons. L\u2019univers d\u2019<em>Amatka <\/em>est tiss\u00e9 dans une r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 la texture instable, et il est n\u00e9cessaire de \u00ab\u00a0rappeler\u00a0\u00bb aux objets ce que leurs utilisateurs veulent qu\u2019ils soient, sinon ils perdent leur \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb et se transforment en une sorte de p\u00e2te visqueuse. Plusieurs \u00e9l\u00e9ments du r\u00e9alisme magique r\u00e9sonnent donc dans ce roman\u00a0: on y retrouve le cas des deux univers superpos\u00e9s, avec un univers bien tangible qu\u2019on reconna\u00eet comme \u00ab\u00a0normal\u00a0\u00bb et celui, en apparence magique et myst\u00e9rieux, plus fugitif mais bel et bien l\u00e0. De plus, la fronti\u00e8re entre ce qui est \u00ab\u00a0magique\u00a0\u00bb et ce qui est \u00ab\u00a0r\u00e9el\u00a0\u00bb est floue. Il est difficile de distinguer ce qui est vraiment r\u00e9el et ce qui l\u2019est, mais autrement. Cons\u00e9quemment, ce sont les individus eux-m\u00eames qui d\u00e9finissent cette fronti\u00e8re, en parlant, donc en fixant la vie des objets. Plus cette ligne entre la magie et la r\u00e9alit\u00e9 est proche de ce qui est consid\u00e9r\u00e9 comme normal, plus le gouvernement sent qu\u2019il est stable, qu\u2019il est en s\u00e9curit\u00e9, donc en contr\u00f4le de la situation. Cependant, tout effort visant \u00e0 d\u00e9placer cette fronti\u00e8re entra\u00eene de graves cons\u00e9quences pour les individus assez braves \u2013 ou fous \u2013 pour nommer un crayon autrement que\u2026 \u00ab\u00a0crayon\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Par ailleurs, le livre nous am\u00e8ne vers un rejet de l\u2019autorit\u00e9, et nous rappelle le r\u00f4le important du livre dans cette entreprise. Le gouvernement (<em>the Commune<\/em> dans le texte) recherche l\u2019ordre et la s\u00e9curit\u00e9 en limitant l\u2019information accessible aux citoyens et en normalisant et r\u00e9duisant le vocabulaire autoris\u00e9. Or, la premi\u00e8re fois o\u00f9 on assiste \u00e0 une r\u00e9action contre ce syst\u00e8me, aussi secr\u00e8te soit-elle, c\u2019est un biblioth\u00e9caire qui en est l\u2019instigateur! Ce dernier est pr\u00e9sent\u00e9 comme le gardien des livres, comme le protecteur du savoir et de la culture. On sent la d\u00e9nonciation du peu d\u2019attention bien r\u00e9elle que nos l\u00e9gislateurs accordent \u00e0 l\u2019\u00e9ducation, aux arts et \u00e0 la culture, sans parler des cons\u00e9quences destructrices que cela a sur la communaut\u00e9. Plus encore, la personne qui vient au secours de la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019Amatka s\u2019av\u00e8re \u00eatre une po\u00e8te\u00a0: Tidbeck sous-entendrait-elle que seuls les artistes et les cr\u00e9ateurs pourront sauver notre soci\u00e9t\u00e9? Un gouvernement qui choisit de br\u00fbler ses livres pour se sauver, on a d\u00e9j\u00e0 vu ce que \u00e7a donne\u00a0: c\u2019est plut\u00f4t lui-m\u00eame qu\u2019il r\u00e9duit en cendres.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_2463\" style=\"width: 710px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2463\" class=\"wp-image-2463\" src=\"http:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Credit_Andreas_Ingefjord-223x300.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"940\" srcset=\"https:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Credit_Andreas_Ingefjord-223x300.jpg 223w, https:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Credit_Andreas_Ingefjord-768x1031.jpg 768w, https:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Credit_Andreas_Ingefjord-763x1024.jpg 763w, https:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Credit_Andreas_Ingefjord.jpg 1500w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><p id=\"caption-attachment-2463\" class=\"wp-caption-text\"><strong>Cr\u00e9dit: Andreas Ingefjord<\/strong><\/p><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><em><strong>[1]<\/strong><\/em><\/a> <em>Je me suis souvent r\u00e9f\u00e9r\u00e9, en \u00e9crivant ce texte, \u00e0 l\u2019article \u00ab\u00a0Scheherazade\u2019s Children\u00a0: Magical Realism and Postmodern Fiction\u00a0\u00bb de Wendy B. Faris, et \u00e0 \u00ab\u00a0The Question of the Other: Cultural Critiques of Magical Realism \u00bb. Dans ces articles, Faris place le r\u00e9alise magique dans un contexte historique, social et litt\u00e9raire et elle d\u00e9finit les principales caract\u00e9ristiques de ce genre, ainsi que ses caract\u00e9ristiques secondaires.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> <a href=\"https:\/\/lavolte.net\/livres\/amatka\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Une traduction en fran\u00e7ais<\/a> a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e en mars 2018 aux \u00e9ditions La Volte.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Par Ali Tahmasebi[1] &nbsp; Les mots et les objets existent parce que nous existons. Ce sont les locuteurs, surtout lorsqu\u2019ils parlent, qui donnent vie aux objets, aux actions et \u00e0 l\u2019univers. 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