{"id":2219,"date":"2018-04-27T09:30:12","date_gmt":"2018-04-27T13:30:12","guid":{"rendered":"http:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/?p=2219"},"modified":"2018-04-30T10:23:11","modified_gmt":"2018-04-30T14:23:11","slug":"une-nouvelle-nuance-de-blanc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/2018\/04\/27\/une-nouvelle-nuance-de-blanc\/","title":{"rendered":"Une nouvelle nuance de blanc"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Par <a href=\"http:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/nos-redacteurs\/petit-questionnaire-de-ioana-popescu-crainic\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Ioana Popescu Crainic<\/a><\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Comment aurais-je pu croire qu\u2019un jour, l\u2019id\u00e9e de visiter Longueuil me donnerait la chair de poule?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>J\u2019\u00e9tais assise dans un caf\u00e9 tranquille dans C\u00f4te-des-Neiges avec mon amie. Pendant qu\u2019elle lisait son livre, je lisais le mien, et de temps en temps, elle m\u2019interrompait dans ma lecture pour me parler de l\u2019histoire qu\u2019elle lisait. Et c\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 quel point les livres ont le pouvoir de nous faire voyager! Elle et moi, \u00e0 cet instant, \u00e9tions dans des mondes diff\u00e9rents. Elle, quelque part dans un monde totalement diff\u00e9rent du n\u00f4tre, et moi\u2026 sur Sainte-Catherine!<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Imaginez que vous vous promenez \u00e0 Montr\u00e9al, que vous marchez sur la rue Sainte-Catherine, que vous \u00eates en route pour aller voir votre ami qui sortira bient\u00f4t de son cours \u00e0 l\u2019UQAM et qu\u2019ensemble, vous allez boire un th\u00e9 quelque part sur le Plateau Mont-Royal. Cependant, sans que vous ne le sachiez encore, cet autre Montr\u00e9al est peupl\u00e9 d\u2019individus surhumains, aux allures vampiriques. C\u2019est ce que ce livre, un roman de Jo\u00ebl Champetier, m\u2019a fait vivre r\u00e9cemment\u00a0: la sensation \u00e9trange d\u2019une certaine familiarit\u00e9, d\u2019un <em>feels like\u00a0home<\/em>impr\u00e9gnant les pages et faisant en sorte que l\u2019histoire remplissait bien sa mission premi\u00e8re\u00a0: effrayer ses lecteurs. Comme si je me sentais chez moi\u2026 mais que je souhaiterais ne pas y \u00eatre en m\u00eame temps.<!--more--><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Avant d\u2019entamer ma lecture, j\u2019\u00e9tais au coll\u00e8ge, dans mon cours de fran\u00e7ais; plus pr\u00e9cis\u00e9ment un cours de linguistique. J\u2019y ai appris que dans le monde, les locuteurs de certaines langues utilisent des mots diff\u00e9rents pour d\u00e9signer autant de nuances diff\u00e9rentes de la couleur blanche. Or, m\u00eame si la langue fran\u00e7aise ne fait pas une grande distinction entre le blanc coquille d\u2019\u0153uf et le blanc de la neige, Jo\u00ebl Champetier, en \u00e9crivant ce livre, a su cr\u00e9er une nouvelle nuance de blanc totalement in\u00e9dite. Une nuance propre \u00e0 lui et \u00e0 son univers romanesque. Une nuance qui, d\u2019une certaine fa\u00e7on, est propre au Qu\u00e9bec.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Un blanc sinistre, un blanc effrayant\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Un blanc \u00ab\u00a0couleur de peau\u00a0\u00bb!<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>La Peau blanche. <\/em>Quel titre intrigant! Paru chez Alire en 1997, le roman a connu un joli succ\u00e8s dans la sc\u00e8ne qu\u00e9b\u00e9coise de l\u2019imaginaire. D\u2019ailleurs, le r\u00e9alisateur Daniel Roby en a fait un film en 2004, que Jo\u00ebl Champetier a lui-m\u00eame sc\u00e9naris\u00e9. Puisque le film a lui aussi eu un certain retentissement, je me suis charg\u00e9e de le regarder pour compl\u00e9ter ma lecture du roman, question de pouvoir comparer les deux \u0153uvres et de me donner une id\u00e9e plus compl\u00e8te de l\u2019histoire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_2223\" style=\"width: 710px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2223\" class=\"wp-image-2223\" src=\"http:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/DOSSIER_SPECIAL_PHOTO2_priseparioanapopescucrainic-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"525\" srcset=\"https:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/DOSSIER_SPECIAL_PHOTO2_priseparioanapopescucrainic-300x225.jpg 300w, https:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/DOSSIER_SPECIAL_PHOTO2_priseparioanapopescucrainic-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/DOSSIER_SPECIAL_PHOTO2_priseparioanapopescucrainic-1024x768.jpg 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><p id=\"caption-attachment-2223\" class=\"wp-caption-text\"><strong>Cr\u00e9dit photo : Ioana Popescu Crainic<\/strong><\/p><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Je trouve que le film a su faire du mieux qu\u2019il pouvait pour respecter l\u2019intrigue du roman, sans trop couper dans les \u00e9l\u00e9ments d\u2019information importants pr\u00e9sents \u00e0 l\u2019\u00e9crit, ce qui lui a permis de respecter assez s\u00e9rieusement tout ce qui se d\u00e9roule sur pr\u00e8s de 220 pages. Ce n\u2019est pas ce qu\u2019il y a de plus simple \u00e0 faire lorsqu\u2019on adapte \u00e7a en une heure et demie. Par exemple, \u00e0 mon avis, les r\u00f4les de Thierry et d\u2019Henri, les principaux personnages, ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s bien distribu\u00e9s, car on ressent vraiment une connexion authentique et fraternelle entre les deux personnages respectivement jou\u00e9s par Marc Paquet et Fr\u00e9d\u00e9ric Pierre, comme c\u2019est le cas dans le roman.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En revanche, selon moi, le plus gros truc qu\u2019on perd dans la production cin\u00e9matographique est l\u2019aspect, disons \u00ab\u00a0personnel\u00a0\u00bb du livre. \u00c9crite au \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb et racont\u00e9e par Thierry, l\u2019histoire sur papier s\u2019insinue plus ais\u00e9ment en nous, et je trouve que ce niveau d\u2019intimit\u00e9 propre au texte renforce notre attachement pour le jeune homme. Apr\u00e8s tout, en ayant acc\u00e8s \u00e0 ses \u00e9motions et \u00e0 ses pens\u00e9es, on ne peut pas voir le r\u00e9cit comme autre chose qu\u2019une histoire authentique. On comprend comment il se sent lorsqu\u2019il voit Claire, lorsqu\u2019il est avec elle\u2026 Par ses pens\u00e9es, sa mani\u00e8re d\u2019agir, on voit qu\u2019il est compl\u00e8tement hypnotis\u00e9 et captiv\u00e9 par elle d\u00e8s le premier moment o\u00f9 il la rencontre. Le film perd donc un peu de cet effet, puisqu\u2019il se raconte \u00e0 la troisi\u00e8me personne.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Si on me donnait la t\u00e2che de classer le livre dans un genre, je ne penserais pas en \u00eatre capable. Est-ce que <em>La Peau blanche\u00a0<\/em>est une histoire d\u2019horreur? Oui, sans aucun doute. Mais est-ce uniquement cela? Absolument pas. C\u2019est aussi une histoire d\u2019amour. Et m\u00eame une histoire comique \u00e0 certains moments. En quelque sorte, c\u2019est aussi un roman de science-fiction; du moins, c\u2019est l\u2019impression que j\u2019en ai eue. D\u2019apr\u00e8s moi, les enjeux plus profonds que ce livre aborde vont au-del\u00e0 des genres litt\u00e9raires. En effet, <em>La Peau blanche\u00a0<\/em>met en lumi\u00e8re des questions importantes quant \u00e0 nos comportements d\u2019\u00eatres humains.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019est que, gr\u00e2ce \u00e0 ce roman, je crois que les lecteurs peuvent tirer une le\u00e7on sur l\u2019impact que les \u00ab\u00a0relations toxiques\u00a0\u00bb peuvent avoir sur nous, s\u2019ils observent bien comment \u00e9volue la relation qui se d\u00e9veloppe entre Thierry et Claire. Par exemple, si je pense \u00e0 la d\u00e9cision de Thierry, qui accepte de continuer \u00e0 donner du sang \u00e0 son amante, m\u00eame s\u2019il sait que cela lui fait du mal et que sa vie risque d\u2019en \u00eatre le prix, on peut peut-\u00eatre consid\u00e9rer le geste comme une remarquable abn\u00e9gation au profit de l\u2019\u00eatre aim\u00e9; or, cela montre aussi, et surtout, l\u2019influence du sentiment amoureux sur nos pens\u00e9es et le contr\u00f4le que cela peut avoir sur nos agissements. Bref, le roman montre bien jusqu\u2019\u00e0 quel point l\u2019amour peut empi\u00e9ter sur notre capacit\u00e9 d\u2019agir intelligemment. Il y a une ligne tr\u00e8s fine entre l\u2019amour et l\u2019obsession, et l\u2019auteur semble avoir eu plaisir \u00e0 brouiller cette fronti\u00e8re, en laissant \u00e0 ses lecteurs le soin de d\u00e9cider de quel c\u00f4t\u00e9 ranger la relation pleine d\u2019intensit\u00e9 de Thierry et Claire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>S\u2019il y a un autre enjeu social important qui traverse le roman, c\u2019est visiblement la question du racisme. Vingt ans plus tard, c\u2019est un probl\u00e8me qui continue de faire les manchettes et dont je suis assez souvent t\u00e9moin au quotidien. Dans le livre, il y a ce passage o\u00f9 le cousin d\u2019Henri fait remarquer \u00e0 Thierry que si \u00e7\u2019avait \u00e9t\u00e9 lui qui s\u2019\u00e9tait fait attaquer au couteau plut\u00f4t qu\u2019Henri, il aurait obtenu de l\u2019aide bien plus rapidement, puisqu\u2019apr\u00e8s tout, sa peau \u00e0 lui est blanche. Mais comme Henri est noir, personne ne s\u2019est empress\u00e9 de venir \u00e0 sa rescousse&#8230; Cet avertissement de Jo\u00ebl Champetier, qu\u2019on re\u00e7oit par l\u2019entremise d\u2019un de ses personnages, en dit beaucoup sur le racisme syst\u00e9mique qui affectait d\u00e9j\u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 il y a deux d\u00e9cennies, et pas qu\u2019aux \u00c9tats-Unis! On peut aussi dire que la discrimination existe au Qu\u00e9bec et ailleurs au Canada, sous plusieurs formes&#8230;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>De plus, la tante d\u2019Henri fait la remarque dans le livre que \u00ab\u00a0l\u2019homme noir est \u00e0 l\u2019origine de la race humaine\u00a0\u00bb et, ailleurs, la m\u00e8re de Claire dit que l\u2019homme noir est celui qui fournit le plus d\u2019\u00e9nergie \u00e0 ses filles et \u00e0 elle, car ce sont les hommes \u00ab\u00a0plus humains\u00a0\u00bb. Elle dit aussi que les \u00eatres uniquement f\u00e9minins qui composent son esp\u00e8ce cherchent \u00e0 s\u2019accoupler avec des hommes \u00e0 la peau blanche, car ceux-ci pourraient leur permettre de produire un premier enfant m\u00e2le. Si cela se r\u00e9alisait, les cr\u00e9atures pourraient perp\u00e9tuer leur race et n\u2019auraient plus besoin des humains pour ce faire. Cela leur permettrait d\u2019enfin dominer la Terre&#8230; J\u2019ai tendance \u00e0 voir une satire et une critique sociale assez forte dans l\u2019importance accord\u00e9e \u00e0 la peau blanche poss\u00e8de pour le succ\u00e8s de leur vis\u00e9e eug\u00e9niste!<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_2224\" style=\"width: 710px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2224\" class=\"wp-image-2224\" src=\"http:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/DOSSIER_SPECIAL_PHOTO3_priseparioanapopescucrainic-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"525\" srcset=\"https:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/DOSSIER_SPECIAL_PHOTO3_priseparioanapopescucrainic-300x225.jpg 300w, https:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/DOSSIER_SPECIAL_PHOTO3_priseparioanapopescucrainic-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/DOSSIER_SPECIAL_PHOTO3_priseparioanapopescucrainic-1024x768.jpg 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><p id=\"caption-attachment-2224\" class=\"wp-caption-text\"><strong>Cr\u00e9dit photo : Ioana Popescu Crainic<\/strong><\/p><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En somme, je rigole un peu en me disant qu\u2019apr\u00e8s avoir lu et vu <em>La Peau blanche<\/em>, j\u2019ai maintenant peur de la ville de Longueuil (vous verrez pourquoi!), mais la d\u00e9couverte du livre et du film m\u2019am\u00e8ne beaucoup plus loin que \u00e7a. Elle m\u2019a fait penser \u00e0 l\u2019amour et aux individus que je c\u00f4toie tous les jours (bien s\u00fbr, je n\u2019insinue pas que je connais de potentielles cr\u00e9atures vampiriques ou d\u00e9moniaques!). Quoique, qui sait\u2026 Apr\u00e8s tout, l\u2019habit ne fait pas le moine! Et encore moins la succube!<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>R\u00e9vision : Mathieu Lauzon-Dicso<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Par Ioana Popescu Crainic &nbsp; Comment aurais-je pu croire qu\u2019un jour, l\u2019id\u00e9e de visiter Longueuil me donnerait la chair de poule? &nbsp; J\u2019\u00e9tais assise dans un caf\u00e9 tranquille dans C\u00f4te-des-Neiges avec mon amie. 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