{"id":1747,"date":"2017-09-28T21:38:52","date_gmt":"2017-09-29T01:38:52","guid":{"rendered":"http:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/?p=1747"},"modified":"2017-09-28T21:38:52","modified_gmt":"2017-09-29T01:38:52","slug":"sombres-secrets-et-aventures-endiablees","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/2017\/09\/28\/sombres-secrets-et-aventures-endiablees\/","title":{"rendered":"Sombres secrets et aventures endiabl\u00e9es"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Par <a href=\"http:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/nos-redacteurs\/petit-questionnaire-de-adario-chirgwin-dasgupta\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Adario Chirgwin-Dasgupta<\/a><\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00abNe jugez pas un livre par sa couverture.\u00bb On nous le r\u00e9p\u00e8te sans cesse, mais avouons-le: d\u00e8s qu\u2019on voit le dessus d\u2019un roman, on en \u00e9value la valeur imm\u00e9diatement! On s\u2019entend qu\u2019un livre de qualit\u00e9 devrait donc arborer une page couverture convenable! Toutefois, <em>Et si le diable le permet<\/em>, le dernier roman de C\u00e9dric Ferrand, paru en mai dernier aux Moutons \u00e9lectriques, a \u00e9t\u00e9 dot\u00e9 d\u2019une couverture qui est tout amoch\u00e9e \u2013 mais par expr\u00e8s! Fausses d\u00e9chirures, traces d\u2019usure et bouts de ruban adh\u00e9sif, tout contribue au trompe-l\u2019\u0153il d\u2019une esth\u00e9tique de l\u2019us\u00e9, comme si le livre \u00e9tait un vieux bouquin. On dirait quasiment une sorte de journal de bord, bourr\u00e9 de notes, peut-\u00eatre celui d\u2019un d\u00e9tective, si l\u2019on consid\u00e8re les deux silhouettes sur la couverture, qui, selon moi, semblent celles d\u2019un homme et d\u2019une femme habill\u00e9es \u00e0 la Sherlock Holmes. Ce n\u2019est d\u2019ailleurs pas trop loin de la v\u00e9rit\u00e9 \u2013 on d\u00e9couvre rapidement que l\u2019histoire se d\u00e9roule en 1930, deux ou trois d\u00e9cennies apr\u00e8s les derni\u00e8res aventures de Holmes. D\u2019ailleurs, bien que cette \u00ab\u00e9trange aventure de Sachem Blight &amp; Oxiline\u00bb ait lieu \u00e0 Montr\u00e9al et non \u00e0 Londres, notre belle ville prend un peu les airs de la capitale britannique. Enfin, je d\u00e9vie du sujet \u2013 venons-en \u00e0 l\u2019histoire!<!--more--><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Suite \u00e0 la Grande D\u00e9pression, Sachem Blight, un aventurier \u00e0 la Indiana Jones, s\u2019emploie \u00e0 recueillir de jeunes aristocrates qui se sont mis dans le p\u00e9trin lors de leurs voyages exotiques aux quatre coins du globe. Que ces jeunes gens frivoles aient \u00e9t\u00e9 pris en otage par des pirates ou captur\u00e9s par les initi\u00e9s de cultes sinistres, c\u2019est \u00e0 Blight de les retrouver et de les ramener au bercail. Ses exploits se rendent jusqu\u2019aux oreilles de Curtis M. Jenkins, un entrepreneur am\u00e9ricain vivant \u00e0 Montr\u00e9al qui g\u00e8re la construction du Pont du Havre. L\u2019homme d\u2019affaires engage Blight pour qu\u2019il retrouve son fils Stanley, qui a fugu\u00e9 quelque part dans les bas-fonds de la m\u00e9tropole. En m\u00eame temps, Sachem doit apprendre \u00e0 conna\u00eetre sa demi-s\u0153ur Oxiline \u2013 une adolescente qui fr\u00e9quente le coll\u00e8ge Villa-Maria \u2013 et il la recrute pour l\u2019aider dans son enqu\u00eate. Les Blight partent donc sur les traces du fugueur, mais des ennemis guettent chaque pas\u00a0que fait l\u2019improbable duo: soudards antisyndicalistes, crapules de bar, et m\u00eame les membres d\u2019un ordre mystique, tous les affrontent \u00e0 divers moments du roman et font obstacle \u00e0 leurs aventures. Et on soup\u00e7onne, alors que de subtils indices commencent \u00e0 transpara\u00eetre, que quelque chose de lugubre et de surnaturel se pr\u00e9pare \u00e0 Montr\u00e9al, et que les Blight y seront accidentellement m\u00eal\u00e9s\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_1748\" style=\"width: 710px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1748\" class=\"wp-image-1748\" src=\"http:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2017\/09\/20170927_194221-e1506648851279-169x300.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"1244\" srcset=\"https:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2017\/09\/20170927_194221-e1506648851279-169x300.jpg 169w, https:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2017\/09\/20170927_194221-e1506648851279-768x1365.jpg 768w, https:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2017\/09\/20170927_194221-e1506648851279-576x1024.jpg 576w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><p id=\"caption-attachment-1748\" class=\"wp-caption-text\"><strong>Cr\u00e9dit: Adario Chirgwin-Dasgupta<\/strong><\/p><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00c0 quoi avons-nous donc affaire? \u00c0 un roman policier historique? Ou, en nous fiant au titre, \u00e0 de la fantasy un peu d\u00e9moniaque? Eh bien, ne vous faites pas d\u2019illusions \u00e0 ce propos: l\u2019histoire n\u2019a rien \u00e0 voir avec le diable des contes traditionnels du folklore qu\u00e9b\u00e9cois! N\u00e9anmoins, l\u2019aspect quasi d\u00e9moniaque n\u2019est pas compl\u00e8tement absent non plus&#8230; Bref, c\u2019est une intrigue polici\u00e8re du 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, qui penche vers la fantasy noire; un roman qu\u2019on pourrait m\u00eame qualifier de lovecraftien, \u00e0 certains \u00e9gards. Sauf que dans ce cas, l\u2019horreur indicible qu\u2019on retrouve dans les textes de H.P. Lovecraft est trait\u00e9e avec une subtilit\u00e9 consid\u00e9rable \u2013 dans les r\u00e9cits lovecraftiens traditionnels<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>, les allusions \u00e0 des dieux cauchemardesques finiraient par monopoliser l\u2019intrigue.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas le premier roman que Ferrand publie chez Les Moutons \u00c9lectriques: il y a d\u2019abord eu <em>Wastburg<\/em>, une histoire de fantasy d\u2019inspiration m\u00e9di\u00e9vale que j\u2019ai eu le plaisir de lire le printemps dernier, et <em>Sovok<\/em>, une uchronie dans un Moscou r\u00e9trofuturiste. Bien qu\u2019ils s\u2019alignent sur des genres de l\u2019imaginaire diff\u00e9rents, les livres de Ferrand partagent certaines similarit\u00e9s. Comme c\u2019\u00e9tait le cas dans <em>Wastburg<\/em>, la ville en tant que telle est centrale dans l\u2019intrigue d\u2019<em>Et si le diable le permet<\/em>. Elle permet, en particulier, d\u2019exposer toutes sortes de manigances politiques et de rivalit\u00e9s linguistiques, des th\u00e8mes r\u00e9currents dans l\u2019\u00e9criture de Ferrand. Une altercation dans un bar entre des ouvriers socialistes et des matraqueurs capitalistes joue alors deux r\u00f4les: elle permet \u00e0 l\u2019histoire d\u2019avancer \u2013 Sachem se fait prendre dans l\u2019affrontement et en sort compl\u00e8tement battu \u2013, mais elle r\u00e9v\u00e8le aussi une part v\u00e9ritable de l\u2019histoire de Montr\u00e9al, soit les difficult\u00e9s qui ont retard\u00e9 la syndicalisation des ouvriers dans les ann\u00e9es 1930. Blight est Torontois et il explore donc le Montr\u00e9al de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle en m\u00eame temps que les lecteurs, qui risquent de ne pas avoir connu cette \u00e9poque. On revisite plein d\u2019endroits qui sont bien connus\u00a0des Montr\u00e9alais, comme le coll\u00e8ge Villa-Maria, la rue Sainte-Catherine, le Port (pas encore tout \u00e0 fait Vieux dans les ann\u00e9es 1930, puisque les activit\u00e9s portuaires y ont lieu, dans la r\u00e9alit\u00e9, jusqu\u2019en 1976), et tant d\u2019autres endroits. Ainsi, Ferrand r\u00e9ussit \u00e0 int\u00e9grer habilement des morceaux de l\u2019histoire montr\u00e9alaise \u00e0 la progression de son r\u00e9cit. Les Blight interrogent m\u00eame Adrien Arcand durant leur enqu\u00eate, cet ancien journaliste aux tendances fascistes qui soutenait l\u2019id\u00e9ologie nazie, que certains se rappellent peut-\u00eatre gr\u00e2ce \u00e0 leurs cours d\u2019histoire! M\u00eame que Sachem lui fait presque manger une vol\u00e9e, ce qui aurait \u00e9t\u00e9 plut\u00f4t amusant si \u00e7a s\u2019\u00e9tait produit dans la vraie vie!<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_1749\" style=\"width: 710px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1749\" class=\"wp-image-1749\" src=\"http:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2017\/09\/20170927_194349-e1506648875659-300x169.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"394\" srcset=\"https:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2017\/09\/20170927_194349-e1506648875659-300x169.jpg 300w, https:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2017\/09\/20170927_194349-e1506648875659-768x432.jpg 768w, https:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2017\/09\/20170927_194349-e1506648875659-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/www.marianopolis.edu\/horizonsimaginaires\/wp-content\/uploads\/2017\/09\/20170927_194349-e1506648875659-136x77.jpg 136w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><p id=\"caption-attachment-1749\" class=\"wp-caption-text\"><strong>Cr\u00e9dit: Adario Chirgwin-Dasgupta<\/strong><\/p><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Rappelez-vous, cependant, que le roman n\u2019est pas un simple roman historique. Comme je l\u2019ai mentionn\u00e9, \u00e9ventuellement, le quotidien montr\u00e9alais commence \u00e0 sortir de la norme, et ce sera l\u00e0 que les choses se g\u00e2teront pour les Blight. Sans trop vous en d\u00e9voiler, je peux vous dire que Ferrand contr\u00f4le extr\u00eamement bien la vitesse et la direction que prennent ses intrigues, avant de tout conclure dans des <em>crescendos<\/em> narratifs inoubliables.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Lorsque vous entamerez cette lecture, pr\u00e9parez-vous \u00e0 red\u00e9couvrir Montr\u00e9al et \u00e0 affronter le secret mal\u00e9fique qui se terre au creux de la ville turbulente.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>R\u00e9vision : Alina Orza et Mathieu Lauzon-Dicso<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> Si vous ne connaissez pas le genre lovecraftien, je vous invite \u00e0 lire la nouvelle \u00ab<a href=\"http:\/\/www.hplovecraft.com\/writings\/texts\/fiction\/cc.aspx\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">L\u2019Appel de Cthulhu<\/a>\u00bb!<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Par Adario Chirgwin-Dasgupta &nbsp; \u00abNe jugez pas un livre par sa couverture.\u00bb On nous le r\u00e9p\u00e8te sans cesse, mais avouons-le: d\u00e8s qu\u2019on voit le dessus d\u2019un roman, on en \u00e9value la valeur imm\u00e9diatement! 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